Pierre Claude Pajol[1] (né
Pajot) (3 février 1772 - Besançon
✝ 20 mars 1844 - Paris),
grande figure de la cavalerie légère de Napoléon I
er, était un général d'Empire et homme politique
français du XIX
e siècle.
//Article principal : Prise de la Bastille.
D'une famille honorable de la bourgeoisie, qui occupait une belle
position dans la magistrature, et fils d'un avocat au barreau
du parlement de Besançon, Pierre Claude
Pajol étudiait le droit à l'université de cette
ville lorsque différents duels qu'il eut avec des officiers de la
garnison, et dont il se tira avec honneur, l'obligèrent à s'éloigner. Il
quitta Besançon pour faire son droit à Paris.
Arrivé à la capitale le 15 avril 1789, il
suivit le torrent des idées nouvelles, et s'occupa beaucoup moins de ses
études que des événements qui se préparaient alors.
Le renvoi de Necker jeta la consternation dans
Paris. Le 12 juillet le peuple commença à sonner le tocsin, à prendre une cocarde tricolore, à courir aux armes : le jeune Pajol se
mêla à ce mouvement. Nommé commandant
d'une des sections de la compagnie formée dans le quartier Saint-Victor qu'il habitait,
il se rendit avec elle sur la place Louis XV, où elle se joignit à
beaucoup d'autres corps du même genre, dont l'organisation avait été
improvisée, et aussi aux gardes-françaises qui
venaient de se déclarer pour le peuple, en tirant sur la cavalerie du prince de Lambesc et en la
chassant de la place.
Le lendemain on continua de sonner le tocsin et de s'armer. M. Pajol
fit partie des volontaires qui se formaient au Palais-Royal :
et comme il était d'une haute stature et montrait beaucoup d'activité,
on le nomma sergent d'une de ces compagnies qui se réunirent à
celles de la Basoche et des Tailleurs et à une masse considérable
de peuple et d'ouvriers. Toutes ces colonnes d'insurgés se rendirent,
avec M. Pajol, à l'Hôtel des Invalides. On fouilla les
caves et l'on y trouva 30 000 fusils, avec lesquels le peuple et la garde nationale
s'armèrent. On prit aussi les canons qui étaient sur l'esplanade, et,
les plaçant en tête, on marcha le long des quais jusqu'à l'Hôtel-de-Ville.


1789.
Officier
de l'armée révolutionnaire Pajol s'enrôla, en 1791, dans le 1
er bataillon
des volontaires du Doubs, et il y
devint sergent-major le 1
er juin de la même année. Le comte de Narbonne, ministre de la Guerre en décembre 1791, ayant
eu l'occasion, lorsqu'il commandait en chef les gardes nationales de la
Franche-Comté, d'apprécier les heureuses
dispositions du jeune Pajol pour la carrière des armes, lui envoya le
brevet de sous-lieutenant au 82e régiment d'infanterie,
ci-devant
Régiment de Saintonge,
le 12
janvier 1792.
Lieutenant le 27 mai de
la même année, il combattit, le 20
septembre suivant, à Valmy. Passé dans le corps de grenadiers, surnommé
l'armée
infernale, le premier, il pénétra dans Spire et reçut à cette affaire une
blessure à la main gauche, qui ne l'empêcha pas de marcher sur Worms. Il servait alors à l'armée de Mayence. Custine,
qui la commandait, le chargea d'éclairer l'aile gauche de l'armée : il
partit du camp d'Ebersheim, dans la nuit du 13
octobre, avec 100 hommes, enleva, chemin faisant, Neustadt,
Turckeim et Alsey, et arriva devant la place avant la cavalerie.
Pajol assista donc au premier siège de Mayence. La place
ayant capitulé, le 21 du même mois, il continua de s'avancer en éclaireur
jusqu'à Francfort, entra dans cette
ville, etconcourut, le 8 novembre, au succès que le général Houchard obtint sur les Prussiens près de Limbourg.
Il se distingua d'une manière non moins brillante, le 6
janvier 1793,
à la bataille
d'Hochheim, ainsi que le 4 avril,
pendant une sortie de la garnison de Mayence (second siège de Mayence). Quoiqu'il
eût eu le bras gauche fracturé dès le commencement de l'action, il
continua son service.
Forcé de rentrer dans Mayence, que les Prussiens investirent, il
reçut l'ordre, le 8 avril, de faire une sortie de nuit, à la tête de 2
compagnies,
et de s'emparer d'une des redoutes de Biebrich,
défendue par 150 Hessois et trois
pièces de canon. Quoique grièvement blessé dans cette vigoureuse affaire
par un biscaïen qui lui fractura le bras gauche, il n'en
ramena pas moins dans la place les 150 Hessois prisonniers et les trois
pièces de canon. Instruits de cette belle conduite, les membres de la
Société des amis de la liberté et de l'égalité de Besançon, lui
adressèrent l'extrait suivant du registre de leurs délibérations :
« Il a été délibéré qu'on enverrait une députation de douze
sociétaires au citoyen Pajol, lieutenant au 82e régiment, pour lui
témoigner la satisfaction des vrais amis de la liberté et de l'égalité,
sur l'intrépidité et le courage qu'il a montrés à Mayence,
où il a été grièvement blessé, et qu'il lui serait envoyé une couronne
civique. »
En 1793,
au cours du siège de Mayence, il est de nouveau
blessé. Prisonnier, il est libéré lors de la capitulation de la forteresse et revient se soigner à Besançon.
Après sa guérison, Kléber, alors commandant en chef l'armée de Sambre-et-Meuse, admit le
lieutenant Pajol à son état-major,
en qualité d'aide de camp, le 1
er prairial an II (janvier 1794). Il se
lie alors d'amitié avec Ney
qui est adjudant général dans
le même état-major). Il justifia cette marque d'estime
par la valeur qu'il déploya, le 28 prairial
(18 juin),
au combat de Trazegnies (également appelé bataille de Marchiennes,
dite
du brouillard) ; le 8 messidor,
à Fleurus, où il eut un cheval
tué sous lui ; le 13, à
l'enlèvement des redoutes des postes du mont Palissel et du bois de
Haré ; le 27, à la prise
de vive force du poste de la Montagne de Fer, près de Louvain,
puis à la bataille d'Esneux, au
passage de la Roer et au siège de Maastricht. Kléber, pour le
récompenser de ses bons services, l'envoya présenter à la Convention nationale les trophées de
cette rapide campagne. Présenté à celle assemblée, le 22 brumaire an III :
« Je viens, dit-il, déposer au sein de la Convention , 36
drapeaux que l'armée de Sambre-et-Meuse vient tout
récemment d'enlever à nos ennemis : l'un leur a été arraché au mont
Palissel, 4 au fameux combat d'Esnen, et les 33 autres ont été déposés
sur les glacis de Maastricht, devant les soldats de la liberté.[2]
»
La Convention accueillit par de vives acclamations et le discours et
l'orateur, qui, admis aux honneurs de la séance, reçut du président
l'accolade fraternelle. Nommé capitaine
au 6
e d'infanterie légère le 28 pluviôse an III (1795), il
rejoignit Kléber.
Ce général, qui méditait alors le passage du Rhin, l'envoya rassembler, en Hollande,
des bateaux nécessaires à cette opération, laquelle eut lieu les 19 et 20 fructidor
(5
septembre 1795),
à Ordingen
et à Heck-el-Kamp. Pendant l'action, le capitaine Pajol et le général Lefebvre, commandant les
grenadiers réunis pour cette entreprise, traversèrent le fleuve les
premiers, et repoussèrent les troupes qui garnissaient la rive opposée,
tandis que le reste de l'armée effectuait sou débarquement. Il eut
encore l'occasion de se signaler au passage de la Vupper, à celui de la Sieg et à la bataille
d'Ukerath. Le 4
e jour complémentaire, il reçut
une balle au bas-ventre, et perdit un cheval au passage de la Lahn.
Passer à l'armée du Rhin sous Moreau, Pajol, qui avait été fait chef de bataillon le 20 pluviôse an IV (9
février 1796),
chargea, pendant la bataille d'Altenkirchen, le 16 messidor,
à côté du général Richepanse, une colonne ennemie à
laquelle il fit éprouver une perte de 3 000 hommes et de 12 pièces de
canon. Durant cette campagne, il ne cessa de donner des preuves
d'intrépidité, principalement au combat de Friedberg, devant Francfort, où son cheval tomba sous lui, frappé
par un boulet ; le 17 fructidor,
à la prise de Bamberg ; le 21, à celle de Forchheim ;
le 30, à Salzbach
et aux autres combats du Naab et de Schweinfurt.


Pajol en uniforme de hussard.
Le commandant Pajol entra, le 5 thermidor an V, dans le
4
e régiment
de hussards. Passé avec son corps à l'armée du Danube, il mérita, au passage du Rhin, effectué le 10 ventôse an VII,
les éloges du général en chef Jourdan. Pendant la retraite de
l'armée, il eut un cheval tué sous lui à la bataille
d'Ostrach, le 1
er germinal ;
le 5 du même
mois, à Liebtingen, il
mit en déroule, avec 2 escadrons, l'infanterie ennemie, et contraignit 2 bataillons
à mettre bas les armes. Le soir de cette même journée, s'étant
précipité le premier au milieu de la cavalerie
autrichienne, son cheval tomba blessé mortellement, et lui-même,
atteint d'un coup de sabre, eût succombé, si, s'élançant sur un cheval
démonté, il ne se fût frayé un passage à travers les rangs ennemis.
Chargé ensuite de protéger le mouvement rétrograde de l'armée, il prit
position au débouché de Furtwangen et de Triberg, sans avoir été entamé, quoique sans
cesse harcelé par des forces supérieures. La nuit suivante l'armée
continua sa retraite ; le chef d'escadron Pajol ne fut point prévenu, et
ce ne fut que le matin qu'entouré d'ennemis qui le sommaient de se
rendre il put apprécier sa position désespérée. Ne prenant conseil que
de son énergie, le brave commandant se dégagea par une charge des plus
audacieuses au milieu des rangs autrichiens, se fraya un passage l'arme
au poing, et ramène par la Forêt-Noire
ses troupes jusqu'à Offenbourg, où il rejoignit l'armée sans avoir
éprouvé, de pertes considérables.
Pajol fit la campagne de 1797 sous Hoche,
comme officier
d'état-major. Quelque temps après, Kléber ayant
pris le commandement de l'aile gauche de l'armée d'Angleterre, qui forma celle d'Égypte, écrivit à
M. Pajol et au colonel Mortier de
venir le rejoindre à Toulon pour s'y embarquer et servir de nouveau près
de lui. Ces deux officiers partirent ensemble de Coblentz ; mais arrivés à Lyon, ils
apprirent que l'expédition était partie
pour l'Égypte. Ne pouvant espérer la rejoindre.
À la seconde Coalition (1799), envoyé
avec son régiment à l'armée d'Helvétie, le commandant Pajol fut
nommé, le 6 prairial
(25 mai
1799), par
le général en chef Masséna, chef de brigade sur le champ de bataille où il venait de se
distinguer par une action des plus extraordinaires : ayant eu son cheval
tué dans une charge en avant de Winterthour,
il tomba au pouvoir des Autrichiens. le capitaine Gérard (depuis
Maréchal de France et Grand
chancelier de la Légion d'honneur), rallia son escadron,
charga l'ennemi et délivra son commandant, qui, dépouillé de ses
vétements, monta un cheval de prise, ranima l'ardeur de ses cavaliers et
tomba sur les Autrichiens, dont il fut un horrible carnage. Il se
distingua à la deuxième bataille de Zurich et
dans la poursuite de Souwarow.
Membre de
la Légion d'honneur (19 frimaire an XII),
et mis à la tête du 4e hussards, il fit la campagne de 1805 en Autriche, se
signala à Ulm, aux ponts de Vienne et à Austerlitz, puis en 1806
Le 29 messidor,
le Directoire
continua sa promotion, et l'investit du commandement du 23
e régiment de cavalerie. Le 3 thermidor,
appelé à celui du 6
e régiment
de hussards, et employé à l'armée d'Italie, sous Schérer, son régiment fut
presque entièrement détruit dans la retraite qui suivit la perte de la bataille de Novi, à l'issue de laquelle il revint en France
pour réorganiser son corps.
Bientôt après, le gouvernement l'envoya à l'armée du Rhin, sous les ordres de Lecourbe, dont il forma l'extrême avant-garde. Mœskirch, Biberach, Stockach, Höchstädt, furent témoins de
son courage. Il surprit, le 9 thermidor an VIII,
à Neubourg,
un régiment de cuirassiers autrichiens, fit
300 prisonniers et détruisit le reste. Moreau lui fit des éloges pour sa conduite à
la bataille de Hohenlinden, lui décerna
un sabre d'honneur, et lui
confia la défense des gorges du Tyrol. Ce
fut le chef de brigade Pajol qui entra le premier dans Füssen,
après avoir culbuté l'infanterie ennemie et l'avoir jeté dans le Lech.
La paix de Lunéville
ramena cet officier supérieur en France. La Légion d'honneur ayant été fondée, il
devint membre de
cet ordre le 19 frimaire an XII,
et officier le 25 prairial de
la même année. Il reçut ordre d'aller s'embarquer avec son régiment au
Helder pour faire partie de l'expédition d'Angleterre mais après
avoir passé six semaines à bord des bâtiments, il fut appelé à la Grande Armée en l'an XIV. Il
était, en 1805,
au 2
e corps de Marmont dans la
division de cavalerie de Lacoste avant de passer sous les ordres du maréchal Davout. Il fit la campagne de 1805 en Autriche, se
signala à Ulm, à Leoben,
aux ponts de Vienne et à Austerlitz.


La charge des hussards à la bataille d'Heilsberg.
Il prit à cette époque la tête de "
l'Infernale", la 1
re brigade de la division Lasalle (5
e et 7
e Hussards
et 3
e Chasseurs).
Pendant la campagne de 1806,
en Prusse, il se fit remarquer à Iéna, dans le corps Joachim
Murat, grand-duc de Berg.
L'Empereur l'éleva au grade de général de brigade après Eylau, par décret du 10 mars 1807. Le 9 juin suivant, il se fit remarquer à l'affaire de
Guttstadt. Le 12, à Heilsberg, il eut un cheval tué sous
lui, et soutint avec sa brigade la charge de toute la cavalerie ennemie,
ce qui donna le temps à la cavalerie française de se rallier.
Après la bataille de Friedland il passa le
premier la Pregel, harcelant sans cesse l'ennemi avec
lequel il entra à Tilsitt. Là, le prince Bagration lui remit, de la
part de l'empereur de Russie Alexandre I
er, pour les faire
parvenir à Napoléon, les propositions de l'armistice qui précéda la
conclusion de paix de Tilsitt.
Autorisé à porter la décoration de l'ordre
du Lion de Bavière en 1808, il eut le commandement de toute la ligne
d'avant-poses sur la frontière de Bohême,
et reçut, au mois d'avril 1809, du feld-maréchal Bellegarde, la
déclaration de guerre de l'Autriche.
En même temps, assailli sur tous les points, il contint l'ennemi avec
2 000 hommes de cavalerie jusqu'à ce que le maréchal Davout eût rassemblé son corps d'armée, dont il éclaira la marche sur Ingolstadt.
Le passage du Danube effectué à Ratisbonne, il combattit, le 21, à
Piessing, et empêcha les Autrichiens de se porter sur la gauche du
maréchal. Après avoir contribué au gain de la bataille d'Eckmühl, pendant laquelle il
perdit 2 chevaux tués sous lui, il arriva , le 24,
sous les murs de Ratisbonne, où il fît 2 000
prisonniers. Cette manœuvre audacieuse lui valut, le lendemain, de Napoléon I
er, témoin de son intrépidité, le titre de commandant
de la Légion d'honneur. Harcelant ensuite les troupes autrichiennes
dans leur retraite en Bohême,
il y pénétra avec elles, et allait leur livrer de nouveaux combats,
mais un ordre le rappela à la partie de l'armée qui venait d'occuper Vienne. Il fut créé baron de l'Empire après la bataille le 28 juin 1809.
Arrivé dans l'ile Lobau, le 4
juillet, le 5, il expulsa l'ennemi des plaines d'Essling,
et prit position sur la Nesselbach. Le 6
juillet, jour de la bataille de Wagram, il paralysa, par des charges
multipliées et conduites avec une intelligence et une intrépidité dignes
des plus grands éloges, les tentatives de la cavalerie autrichienne
pour se rapprocber du Danube. Ce fut dans l'un de ces combats, qu'à la
tête du 11
e de chasseurs, il détruisit complètement un régiment
de dragons dont le colonel,
enlevé par lui de son cheval, fut fait prisonnier. Balayant ensuite la
route de la Taya, il refoula l'ennemi sur les hauteurs de Znaïm, et là, comme à Tilsitt, il reçut les premières propositions
d'un armistice qui amena la conclusion du Traité de Schönbrunn (14
octobre 1809).
Les hostilités ayant cessé, le général Pajol fut appelé à prendre le
commandement de la cavalerie qui était à Dantzig
et sur la ligne de la Vistule. Trois mois après, le général Pajol obtint
un congé.
Pendant la campagne de Russie (1812), sa
brigade, regroupant le 2
e Chasseurs à cheval et de Lanciers polonais,
formait l'avant-garde du 1
er corps de Davout. Il passa le premier le Niémen,
le 24
juin, s'empara de Kowno, prit Ére, Zimori, Wilna, Minski et
ses immenses magasins et chassa d'Ochmiana le corps du général Doctorow (au moment
où celui-ci y entrait).
Instruit que le grand parc d'artillerie
du général Bagration,
dont il avait défait l'arrière-garde à Ochmiana, avait choisi une route
difficile, il se mit à le poursuivre avec cent des meilleurs chevaux de
son avant-garde. Cette expédition, qui fut couronnée de succès, lui
valut le général de division par décret du 7 août
1812.
Chargé d'observer la place de Bobruisk, sur la Bérézina,
le général Pajol réussit à maintenir la garnison et à tromper l'aile
gauche de l'armée russe, qui, changeant sa direction, facilita au général Davoust la prise de Mohilow. Toujours aux
prises avec les Russes, il leur enleva Drombrowna, Krasnoë (où il fut
blessé), Orcha, Rassana, les chassa de la rive gauche de la Dwina,
débloqua Witepsk, et prit Poriéchi.

La Bataille de la Moskova, par Louis-François Lejeune.
Après avoir traversé d'affreux pays, il vint se mettre en ligne la
veille de la bataille de la
Moskowa (5-7 septembre 1812). On le
vit y combattre avec sa bravoure accoutumée, tandis qu'expiraient autour
de lui les généraux Montbrun, Caulaincourt, Désirat
et ses deux aides-de-camp. Deux chevaux déjà venaient d'être tués sous
lui ; il en monte un troisième ; survient un obus qui emporte le cheval,
renverse le cavalier et blesse le général Subervie, au moment où il
recevait des ordres de Pajol. Trois fois démoulé, trois fois il reparut
en tête de sa cavalerie, chargeant comme un soldat. Enfin,
débordant avec sa cavalerie la grande redoute des Russes pendant que
l'infanterie l'enlevait, il força l'ennemi à la retraite.
Le 9 septembre, il occupait Mojaïsk,
où il fit deux bataillons russes prisonniers. Dans l'engagement qui
précéda son entrée dans cette place, une balle lui fracassa le bras
droit. Pajol dut céder son poste à Exelmans. Il eut le bras droit cassé
d'un coup de fusil, son cheval tué, iln'en poursuivit pas moins les
débris de l'année russe et les poussa le sabre aux reins jusqu'aux
portes de Moscou.
L'incendie de Moscou
nécessita, comme on sait, la retraite de l'armée française. A Bober, Napoléon manda le
général Pajol pour obtenir de lui des renseignements sur la Bérézina,
et celui-ci qui avait étudié, d'une manière particulière, le cours de
cette rivière, indiqua Zambinen comme le seul point guéable : ce fut
donc vers cet endroit que se dirigèrent les restes de la Grande Armée.

La Bataille de Dresde, gravure,
Edme Bovinet (1767-1832).
A peine guéri de sa blessure, il prit, le 5 mai 1813, le
commandement de la 2e division de marche du 1
er corps de cavalerie, avec laquelle il se trouva
aux grandes journées de Lützen, Bautzen et Buntzlau.
Chargé, après l'armistice du 4 juin,
d'observer la frontière de la Bohême
sur la rive gauche de l'Elbe, il s'attira la confiance des habitants de la
contrée par la discipline sévère qu'il maintint parmi les troupes sous
ses ordres. Le 10 mai, l'armistice ayant été rompu, le général Pajol, demeuré
seul pour défendre une ligne immense, se replia sur Dresde,
n'ayant à opposer à des forces éminemment supérieures que 2 000 hommes
d'infanterie, une batterie d'artillerie légère et sa
division de cavalerie. Toutefois, il parvint intact à sa
destination. Pendant deux jours, il résista aux attaques des
Austro-Russes, qui cherchaient à pénétrer dans Dresde, ce qui donna le
temps à Napoléon d'y arriver avec sa garde et une partie de
la Grande Armée.
Après la bataille livrée devant cette ville, il se
rendit maître de Pirna et des défilés de Gelbout, rallia les débris du corps
du général Vandamme et
garda les débouchés de la Bohême. Napoléon, qui par la négligence des
officiers de son état-major avait manqué d'être pris, lui fit donner
l'ordre de se rendre auprès de lui, disant «
qu'il
n'avait plus de général de cavalerie que Pajol ; que celui-là savait
non-seulement se bien battre, mais ne pas dormir, se bien garder et
n'être jamais surpris. »
Il obtient une belle victoire à Dresde les
26-27
août. Ce fut de l'une de ses pièces que partit le boulet qui emporta
les deux jambes de Moreau. Il combat ensuite à Leipzig à la tête du 5
e corps de cavalerie incorporant la division
légère de Subervie et les dragons de Lhéritier
et Milhaud.
Présent à la bataille de Hanau, Pajol commandait
encore son corps quand, à Wachau, un obus éclatant sous le poitrail de son
cheval, l'enleva, dit-on, à plus de vingt pieds en l'air, lui cassa le
bras gauche et lui fracassa les côtes. «
Je
fais une grande perte ! s'écria l'Empereur en contemplant les débris
du cheval du général Pajol,
que je ne remplacerai pas de sitôt ; si
Pajol en revient, il ne doit plus mourir. » Laissé pour mort
au milieu des combattants, il y aurait été oublié sans le dévouement et
le courage de son premier aide
de camp, le lieutenant-colonel Biot, et de
ses officiers, qui l'enlevèrent et le conduisirent à l'ambulance. Blessé
grièvement, il fut évacué en France. Le
titre de comte de l'Empire lui
fut conféré par décret impérial du 25
novembre 1813.
Le Héros de Montereau [modifier]
La Bataille de Montereau, gravure,
d'après "le colonel" Jean-Charles Langlois (1789-1870).
Il avait encore le bras en écharpe lorque deux mois après il vint
offrir ses services à l'Empereur, qui lui confia le commandement de
l'armée d'observation de la Seine, de de l'Yonne et de Loing (décret impérial du 20
janvier 1814),
avec le titre de général commandant la division de réserve, à Melun.
Obligé de suivre l'amée dans sa retraite, il détruisit les ponts, prit
position sur Yerres et occupa Melun. Après
avoir transporté son quartier général à Nogent-sur-Seine le 22
janvier, il se décidait, de concert avec l’officier du génie Durivau, directeur
des études à l’école polytechnique qui venait
de lui être attaché, de fortifier les ponts de la Seine et de
l'Yerres, barrant ainsi la route de Paris aux
armées alliées.
Napoléon l'ayant appelé auprès de lui à Guignes,
le 15 février 1814, lui communiqua son projet sur Montereau, et lui ordonna
d'y arriver avec son corps le 17
de grand matin pour attaquer les ennemis qui étaient sur les hauteurs
de Surène. Le 16, il entra dans Châtelet, après un combat
acharné ; le 17, il déboucha à six heures du matin des bois de
Valence, en débusqua l'avant-garde ennemie,
et, la forçant à se replier sur son corps de bataille, il l'attaqua par
le flanc droit se croyant soutenu par le maréchal Victor, qui devait se trouver
là à la même heure. Ce dernier ne parut pas. Le général Pajol eut donc
seul à lutter contre toute l'armée ennemie. Il avait déjà perdu 19
pièces de canon sur 24 dont il disposait, et beaucoup de ses braves
compagnons d'armes étaient restés sur le terrain, lorsque le
grand-maréchal du palais, le général Bertrand accourut à
toute bride, l'assurant que le général Girard, qui avait succédé au maréchal Victor venait
d'arriver et que ses tirailleurs étaient déjà engagés. Ranimant alors
le courage de ses troupes, Pajol se hâta alors de resserrer sa ligne,
faisant alors un effort surhumain, les reporte en avant. L'ennemi, ainsi
attaqué par ses flancs, se décide à abandonner sa position. A peine le
général Pajol s'est-il aperçu de ce mouvement rétrograde, qu'il forme la
brigade
Delort en colonne serrée, par pelotons, ordonne aux
généraux de Coetlosquet et
Grouvel de se rapprocher et de le soutenir, charge, avec le général Delort, à la tête de sa cavalerie, sur la
grande route de Montereau, arrive, sous un feu meurtrier, au milieu de
la colonne autrichienne, la rompt, lui enlève 5 000 prisonniers et toute
son artillerie, passe aussitôt le pont de Montereau. Il poursuit
l'ennemi sur les deux rives de l'Yonne jusqu'à la nuit qui le sauva d'une
destruction totale. À la nuit, il revint à Montereau. Il avait défendu
si brillamment le pont de Montereau que Napoléon
l'embrassa avec effusion, et lui apprit qu'il venait de le nommer grand
officier de la Légion d'honneur (19
février). L'Empereur lui dit en l'embrassant :
« Si tous les généraux m'avaient servi comme vous, l'ennemi ne
serait pas en France.[3] »
Article détaillé : Bataille de Montereau.
Ayant eu son cheval tué sous lui vers la fin de cette journée, le
général Pajol, dont les blessures se rouvrirent, se rendit à Paris pour
s'y faire traiter. Au bout de quelques jours, il apprit l'abdication de
l'Empereur, la capitulation de Paris, l'entrée des alliés, etc...
Après la première Restauration, pensant que les
promesses royales ne seraient point illusoires, et que le
rétablissement de l'ancienne monarchie ne serait point incompatible avec
la nouvelle gloire nationale, il se décida à continuer de servir. Il
organisa les quatre régiments du roi qu'il commanda, en 1814 mais qui
furent dissous. Louis XVIII le fit comte et chevalier de
Saint-Louis le 2 juin. Il reçut le même jour le commandement d'une division de cavalerie
à Orléans,
sous les ordres du général Dupont, et ensuite celui de la 2
e subdivision de la 1
re division militaire.
Au retour de l'Île d'Elbe, le général Pajol envoya à
Napoléon I
er sa soumission le 21 mars
(il eut pour cela quelques démêlés avec Dupont, puis avec le maréchal Gouvion-Saint-Cyr),
distribua la cocarde tricolore à ses soldats, et,
lorsque Dupont et SaintCyr furent forcés de s'éloigner, il prit le titre
de commandant de l'armée de la Loire, l'amena à Paris, où il proposa à
l'empereur de marcher sur Bruxelles
avec les 18 000 hommes qui là composaient.
On eut beaucoup de peine à calmer son zèle en le nommant Pair à la « Chambre
impériale » le 2 juin 1815, puis, au début de la campagne de
Belgique (1815), commandant du 1
er corps
de cavalerie, à l'avant-garde de l'armée. Après avoir
passé la Sambre,
il s'empara, le 15, de Charleroi
et délogea le soir même de Fleurus
l'arrière-garde prussienne. Le 16, il
se mesura avec des forces supérieures et s'aperçut, le 17, que
les alliés dégarnissaient leurs lignes. Il ordonna à la division Clary
de charger les avant-postes, atteignit l'arrière-garde prussienne, lui
enleva dix pièces de canon, tous ses équipages et un grand nombre de
prisonniers. Ces canons, les seuls pris dans cette campagne, furent
envoyés à Napoléon, qui décora le général Pajol du Grand
aigle de la Légion d'honneur.
Le 18,
renforcé par la division Teste, que Napoléon lui avait
envoyée, il entra dans Namur, et s'avançait vers Bruxelles,
quand une canonnade terrible, dans la direction de Waterloo, l'arrêta. Comme il avait dix
lieues à faire pour gagner le champ de bataille, il n'arriva qu'à
cinq heures du soir sur la Dyle (après avoir ramassé en chemin, les quatre
régiments de cavalerie de la division Vallin),
et informa de son arrivée le maréchal Grouchy, qui
lui ordonna de passer cette rivière à Limale, en lui donnant avis que,
jusqu'à présent, il n'avait pu lui-même, malgré tous ses efforts,
emporter le passage à Wavres. Sans perdre un instant,
Pajol ordonna au général Vallin de charger, à la tête du 6e hussards. Ce
brave régiment s'élança en colonne par pelotons, enlèva le pont, sabra
un corps de Prussiens et fit le reste prisonnier. Le passage s'effectua à
neuf heures du soir et devint inutile, parce que, le 19, au
moment où l'on allait se porter en avant, on connut le désastre de Walerloo. Cette nouvelle n'abattit point
le général Pajol : il proposa d'attaquer l'ennemi avec 36 000 hommes,
rassemblés sur ce point, et qui n'avaient pas donné, et de tomber à
l'improviste sur le flanc gauche des Anglo-Prussiens. Cet avis n'ayant
pas été écouté, il repassa la Dyle et retourna à Namur, le seul point
par où l'on pouvait effectuer la retraite, qui eut lieu en bon ordre et
sans perte jusqu'à Paris, où il arriva dans les derniers jours de juin
malgré les attaques des alliés.
Il se prononça de la manière la plus énergique pour qu'on défendit
cette ville. Ses observations chaleureuses à cet égard et son refus
d'adhérer à la capitulation indisposèrent contre lui le maréchal Davout, qui donna au général Excelmans l'ordre de
faire monter à cheval vingt-cinq dragons, et d'arrêter le général Pajol
sur les hauteurs de Montrouge. Excelmans refusa d'exécuter cet ordre.
Le général Pajol suivit l'armée derrière la Loire.
Mis en non-activité après le licenciement, et admis à la retraite,
sur sa demande, le 7 août 1815.
Dès lors il refusa constamment de servir les princes de la Restauration
française. Il ne les considérait plus que comme des ennemis imposés à
la France par la force étrangère, et se sépara ouvertement, sous ce
rapport, du maréchal Oudinot, son
beau-père.
Il le disait haut et en tout lieu et l'écrivit et signa plusieurs
articles en ce sens dans les journaux de l'opposition libérale, et plus
particulièrement dans
le Constitutionnel, adressant en même temps aux
Chambres des pétitions en faveur des membres de la Légion d'honneur, auxquels il prétendait
que la restauration , malgré ses promesses faisait perdre une partie de
leurs traitements. En 1818, il adressa au même journal une lettre dans
laquelle il accusa très-amèrement le ministère de laisser sans défense
les places de la Lorraine, et d'avoir par-là causé une insulte des
Prussiens, qui venaient d'envahir un village des environs de Metz... Toutes
ces plaintes demeurèrent sans résultats, et Pajol continua de rester
sans activité jusqu'en 1830. Tout indique cependant qu'il avait des
rapports suivis avec les chefs du parti qui triompha à cette époque.
Industriel malheureux, vivant éloigné des affaires publiques,
voyageant, il ne cessait de sympathiser avec les cœurs généreux qui
rêvaient la régénération de la patrie. C'est dans cette position